Sénégal: Pakour, le secret de la vie harmonieuse entre musulmans et chrétiens

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​L’appartenance ethnique peut-elle aider à dépasser les clivages religieux ? Pas certain au vu de ce qui se passe ailleurs. Pourtant, la réalité à Pakour est un parfait exemple d’une communauté qui décide de vivre en paix et en toute harmonie dans la différence religieuse. Et c’est bien l’ethnie qui est le ciment de cette symphonie. Le sentiment général peut être résumé ainsi : « nous sommes d’une même communauté linguistique. Or, les religions révélées sont importées. Elles ne doivent pas donc nous désunir»

Une communauté peut bien avoir des convictions religieuses différentes et vivre en paix et en harmonie. A l’image de ce qui se passe presque partout au Sénégal, le village de Pakour est un bon exemple de cette vie paisible entre fidèles de différentes religions. Dans cette localité, les gens ont retenu comme principe qu’ils appartiennent avant tout à un groupe linguistique, partagent les mêmes valeurs culturelles avant d’appartenir à une chapelle. « Ce qui est remarquable dans cette zone est que ce peuple peulh est le parfait exemple du dialogue islamo-chrétien. Ici dans ce Pakour, ces Peulhs mettent en avant leur identité, leur culture traditionnelle. Depuis 2007, je suis là comme curé et je n’ai jamais assisté à un quelconque conflit ou différend entre eux. Ils vivent ensemble comme s’ils n’avaient même pas des religions différentes », témoigne le curé Martin Ngom. Ce qu’il a vu ici, dit-il, lui rappelle étrangement ce qui se passe chez ses parents sérères.

Seydou Baldé, un habitant de Pakour Bouré abonde lui aussi dans le même sens. Cet homme d’une trentaine d’années, au teint clair, taille moyenne, affirme : « A Pakour, les gens sont tous des parents. Ces histoires de religions ne causent pas de tensions entre eux. Chacun vit librement sa foi ». François ajoute qu’il y a même des animistes peulhs dans le village. Et ces gens vivent harmonieusement avec leurs parents des autres religions. C’est pour cela d’ailleurs que le curé invite les gens à s’inspirer de cette communauté et arrêter de s’entretuer au nom de la religion. Longiligne, M. Ngom est assis dans la grande cour de l’église en train de discuter avec des chrétiens et musulmans de la distribution des semences. « Ces Peulhs de Pakour ont su que ces religions importées ne doivent pas les diviser. C’est pourquoi, comprenant que chacun peut vivre aisément sa croyance religieuse sans que cela affecte les relations familiales entre eux, ils parviennent à s’entendre. En plus, ils savent que ces religions n’ont que des prophètes différents mais ont un seul et unique Dieu », se réjouit le père Ngom.

Plutôt adeptes des religions traditionnelles 
Ces affirmations sont confirmées par le chef de village lui-même, Amadou Baldé. Il reprend presque les mêmes mots que le curé. « Nous cohabitons sans heurt ni problème avec nos parents peulhs chrétiens. Car nous nous disons que ces religions ont été importées. Donc vaut mieux que chacun vive sa foi comme il l’entend», témoigne le responsable numéro un de Pakour Maodé. Pour expliquer ce cas rare en matière de religions différentes, il soutient que les gens dans cette localité croient plus aux religions traditionnelles de leurs ancêtres que ces religions révélées. Ils sont donc juste des adeptes de mode. Quoiqu’il en soit, c’est sur la base de cette entente cordiale que le bonheur d’une famille devient celui de toute la communauté et le malheur d’une autre, celui de tout le village. En guise d’exemple, deux cérémonies auxquelles nous avons eu la chance d’assister. Il s’agit d’un baptême et d’un décès. Pour les deux cas, sans les croix autour des cous, il serait difficile de dire qui est chrétien et qui est musulman, tant le groupe est homogène. Les habitants s’occupent des tâches sans aucune distinction. Pour le cas du décès par exemple, le vieux vivait dans une famille où il était le seul musulman.

Les chrétiens se sont occupés de sa dépouille. Ils ont tout fait, même la toilette mortuaire, très particulière pour l’islam pourtant, avant d’appeler les musulmans. Et ensemble, ils l’ont conduit au cimetière. Ce n’est qu’une fois arrivés au cimetière que les catholiques se sont retirés, pour laisser les musulmans faire le reste, «au nom du respect de la religion d’autrui ». Le partage a été érigé en règle. Ainsi, les biens provenant de bienfaiteurs bénéficient à tout le monde sans objection liée à une conviction religieuse. « Vous avez remarqué qu’ici les gens sont les mêmes. Aujourd’hui c’est le jour du planning de la distribution des semences. Tous les cultivateurs de Pakour sont conviés pour le partage. Et ce partage se fait sans aucune discrimination. Il se fait par famille », explique le curé.

Ces dons de semences en question sont distribués par le projet Caritas qui est chargé d’aider les populations démunies à pouvoir cultiver sans trop de difficultés. Cette population qui a la chance de vivre la paix des religions déplore et trouve insensé ce qu’elle voit à la télévision, c’est-à-dire ces conflits religieux surtout en Afrique. «Ils doivent dépasser ce cadre. L’Afrique n’a pas connu de religion. Aucune des religions révélées n’est descendue en Afrique. Pourquoi s’entretuer pour cela. C’est vraiment déplorable», s’étrangle-t-il de rage.

Des chrétiens donnent un bœuf et 100 000 f pour le Gamou
Par ailleurs, Pakour étant une localité où la pauvreté est présente, les villageois développent aussi l’entraide. Dans une situation où tout le monde est obligé de se serrer les coudes, le soutien en cas de besoin et pendant les moments de peine ne souffre d’aucune négligence. Le partage des instants de joie n’est pas non plus oublié. « Je me rappelle en 1989, quand le marabout Thierno Boubacar devait organiser son « Gamou » à l’époque, alors que lui et ses fidèles musulmans n’avaient pas les moyens pour acheter un bœuf pour la cérémonie. Ce jour-là, ce sont nous les jeunes chrétiens du village qui leur ont demandé de voir quelqu’un qui a un bœuf. Il a accepté de nous le donner, et en échange, nous avons débroussé son champ. C’est comme ça que nous sommes allés travailler pour un homme qui nous a payé un bœuf plus 100 000 F Cfa. Et nous avons remis le bœuf et la somme au marabout », se souvient François Boiro, le président de la communauté rurale de Pakour. Cette paix et cette harmonie dans le village ne sont rien d’autre que le reflet de la situation dans les familles.

Au sein de celles-ci, on ne note aucune tension consécutive à des rivalités religieuses. Au contraire, les convictions des uns et des autres sont respectées par tout un chacun. Ainsi, dans les foyers, les gens, musulmans principalement, s’apostasient sans jamais que cela ne crée des frictions comme c’est le cas d’habitude partout ailleurs dans le pays.

Le discours fédérateur des chefs religieux 
Au domicile de Samé Baldé, Daibou, Bouya, Coumba, Binetou et Aliou vivent en parfaite harmonie avec leurs frères Jean Pierre, Jean Gabriel, Georges qui ont choisi de rejoindre l’Eglise. La devise est simple dans cette famille comme dans tant d’autres. On est certes différents par la conviction, mais unis par le sang. « Il n’y a eu aucun changement quand nos frères se sont apostasiés. Nous respectons leurs convictions religieuses », rassure Bouya. Son discours est le même que celui émis par les membres d’une autre maison. Baptisé et répondant désormais au nom de Jacques, cet ancien musulman ne sent aucune stigmatisation venant des siens. Ainsi, toutes les fêtes se font avec tout le monde. « Pendant la Tabaski et la Korité, je prends part à ces festivités avec mes frères et sœurs. Il n’y a que la mosquée où je ne pars pas prier avec eux » sourit Jacques, seul chrétien dans sa famille. En outre, les relations amoureuses, à l’image des autres, ne connaissent pas de frontières religieuses. Là où l’islam interdit à ses femmes de se marier avec les chrétiens, la population de Pakour connait des mariages et des concubinages interreligieux dans tous les sens. « J’ai eu trois copines musulmanes avant cette dernière qui est chrétienne. C’est elle que je voudrais marier, mais cela n’a rien à avoir avec la religion. C’est juste que mon choix s’est porté sur elle ? » se justifie Lazare Boiro.

Ainsi, du fait de ces unions acceptées entre adeptes de différentes religions, beaucoup de musulmanes ont eu comme mari des chrétiens et certaines ont fini par rallier la religion de leur mari. «À chaque fois que mes fils partaient à l’Eglise, ils me demandaient pourquoi je ne venais pas avec eux. C’était triste. Pendant la Tabaski, j’étais trop seule. J’ai fini donc, par amour pour eux, par me reconvertir au christianisme. Peut-être que je retournerais un jour à l’Islam», dit Maimouna Prudence Diao. Il faut signaler cependant que le discours des religieux participe aussi à la sauvegarde de la paix.

Thierno Boubacar, le marabout de la zone a été accueilli par les catholiques à son arrivée. Il garde en mémoire cet accueil chaleureux. Même s’il s’est déplacé à un kilomètre du village du fait du nombre croissant de ses bœufs, il reste reconnaissant et continue de prêcher la paix entre les communautés religieuses. « Même dans mes sermons, j’invite tout le temps les fidèles musulmans à les laisser vivre tranquillement leur religion. Nous ne sommes plus au temps du prophète Mohamed (Psl) où il s’agissait de faire des guerres saintes pour imposer aux mécréants la conversion à l’islam». Même son de cloche du côté de l’Eglise où l’on estime insensé ce qui se passe ailleurs, où on persécute les gens pour leur appartenance religieuse.

Le Témoin

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A propos de l'auteur: Pape Amadou KANOUTE

Hello, je suis Pape Amadou, journaliste rédacteur web, basé à Dakar

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